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Brigitte Marsigny, Source: City of Noisy-le-Grand

Brigitte Marsigny : «En tant que femmes maires nous pouvons rendre les villes plus dynamiques et humaines»

Brigitte Marsigny : «En tant que femmes maires nous pouvons rendre les villes plus dynamiques et humaines»

Entretien avec Mme Brigitte Marsigny, Maire de Noisy-le-Grand, Conseiller régional d’Île-de-France, Vice-président du territoire Grand Paris Grand Est

Brigitte MARSIGNY devient Maire de la Ville de Noisy-le-Grand en septembre 2015. Issue de la société civile, elle a exercé la profession d’avocat pendant près de 40 ans. Elle a contribué à la réforme juridictionnelle et est profondément dévouée à la défense des personnes les plus démunies. Mère de trois enfants et grand-mère d’un petit fils, elle est passionnée de voyage, d’équitation et de chevaux.

Madame Marsigny, comment décririez-vous la ville de Noisy-le-Grand ?

C’est une jolie ville à l’est de Paris, avec près de 70 000 habitants dans un cadre assez exceptionnel. Le Département n’est pas souvent mis en avant, mais nous avons tout : la Marne, la forêt, les transports, nous sommes à 15 minutes de Paris par l’autoroute A4, et nous avons deux lignes de RER. Puis, le siège de l’établissement public territorial de Grand Paris - Grand Est qui joue un rôle important au sein de la Métropole de Grand Paris. Nous tenons à dire qu’il s’agit de la capitale de l’Est Parisien.

Lors de votre prise de fonctions, vous avez partagé les objectifs suivants : stopper le bétonnage et protéger le patrimoine, revitaliser le commerce de proximité, renforcer la police municipale, développer la vidéosurveillance et réaliser un audit financier d'un cabinet indépendant. Avez-vous réussi ?

Dès le départ nous avons dit que nous voulions stopper le bétonnage. Contrairement à ce que dit notre opposition, nous l’avons effectivement stoppé. Parce que nous avons révisé le Plan Local d’Urbanisme, nous avons réduit la hauteur des immeubles collectifs et les zones de collectifs. Nous avons mis en place ce qu’on appelle des « zones de courtoisie », c’est-à-dire qu’en face des pavillons on ne peut pas construire des immeubles hauts, mais en gradins.  

En plus, nous avons mis en avant des zones naturelles et notamment nous sommes en train d’acheter avec la Région le Bois Saint-Martin qui représente 300 hectares d’espaces verts naturel au sud de la ville. Nous avons réaménagé les Bords la Marne, de l’autre côté de la Ville. Nous devrions réaliser cette opération avant la fin de l’année. La Région achète le bois pour le mettre à disposition des habitants d’Ile-de-France et la Ville achète les propriétés bâtis qui sont à l’intérieur pour y faire des expositions, pour y faire un musée, pour y faire des activités. En réalité nous avons vraiment augmenté les zones naturelles et nous avons réduit les zones d’habitat collectif.

Il est également important de savoir que, pour mettre en place des opérations immobilières, il faut plusieurs années, au moins 3-4 ans. Et notamment, il y avait un certain nombre de programmes qui étaient lancés avant notre arrivée. Mon prédécesseur avait des projets très ambitieux, pour faire des immeubles très hauts, de dix étages, nous les avons réduit à six étages ; nous avons réduit le nombre des logements et le nombre d’habitants dans ces zones.

Nous avons une vraie divergence avec mon prédécesseur sur l’aménagement des bords de la Marne pour lesquels j’ai obtenu un financement de la Région. Nous allons y réaliser un éco-quartier avec des constructions en bois, des commerces de proximité, avec un parc naturel de 5,6 hectares là où mon prédécesseur prévoyait un port de plaisance d’un cout de 10 millions d’euros et des immeubles de grande hauteur.

Nous avons supprimé, sauf exceptions rares, les préemptions. Mon prédécesseur, dès qu’il avait l’occasion d’acquérir une parcelle de la ville, cette dernière était préemptée, la Ville se substituant aux acheteurs. Moi, j’ai supprimé tout cela. Il faut savoir qu’il y a eu 97 préemptions entre 2011 et 2015 et il y en a eu seulement 7 depuis 2015.

Noisy-le-Grand - Les Espaces d'Abraxas - Fred Romero on Flickr, CC BY 2.0

Sur la protection du patrimoine, il y a une chose qui me tiens beaucoup à cœur, un endroit très emblématique, qui a été repris dans plusieurs films (parmi lesquels Hunger Games : La Révolte en 2014), ce qu’on appelle les Espaces d’Abraxas, l’entrée de la Ville, le Palacio, l’Arche et le Théâtre. Mon prédécesseur souhaitait détruire une partie des constructions qui ont été faites par Ricardo Bofill il y a 30 ans. C’est de l’architecture néo-classique qui fait partie du patrimoine de la ville et c’est magnifique. Contrairement à mon prédécesseur, nous souhaitons dynamiser et réhabiliter le quartier. Nous sommes en train de refaire les abords pour faire de petits immeubles dans le même style de construction, avec des commerces, des équipements publics, des cheminements arborés, des voies piétonnes, pour revaloriser l’ensemble et désenclaver le quartier. J’ai obtenu l’accord et l’aide de Monsieur Ricardo Bofill, l’architecte Franco-espagnol, avec qui nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises, il est un véritable soutien et moteur dans cette évolution.

Ensuite, nous avons le Fort de Villiers, sur la commune de Noisy, un site historique qui a été construit à la fin de 19ème siècle. Nous l’avons ouvert pour les Journées Européennes du Patrimoine en 2017 et 2018 et nous avons participé à l’appel à projets « Inventons la Métropole du Grand Paris ». Dans ce cadre, nous avons reçu des offres d’achat du Fort de Villiers mais je ne voulais pas vendre. Ils voulaient faire un hôtel fermé inaccessible aux habitants de la Ville, en total opposition avec mon ambition pour ce site historique, c’est la raison pour laquelle nous n’avons pas donné suite.

Il y a aussi la rénovation et la réhabilitation d’une partie de l’immobilier existant. Nous avons investis 45 millions d’euro pour une dizaine d’opérations de réhabilitation dans différents quartiers de la Ville (Butte Verte, Yvris, Pavé Neuf, Hauts Bâtons, Cormiers, Champy et Centre-Ville). Les écoles, les bâtiments publics, les espaces culturels ont également connus d’importants travaux et nous sommes contents de les avoir faits. C’est un investissement pour le patrimoine de la Ville. La chapelle de Sans-Logis (sur l’ancien camp de l’abbé Pierre) dans le quartier des Hauts Bâtons est également en cours de rénovation grâce au financement de la Ville, de la Région et de l’État.

Il faut savoir que Noisy-le-Grand est le troisième pôle d’affaires d’Ile de France, avec 4000 entreprises, 500 000 m2 de bureaux. Depuis que nous sommes arrivés en 2015, nous essayons d’encourager, d’accompagner et de soutenir les acteurs économiques. Pour le stationnement, nous avons mis en place des zones bleues. Pour éviter que les gens stationnent tous dans les mêmes rues pour aller prendre le RER, nous essayons de trouver d’autres solutions, de participer à la rénovation des parkings et du Centre commercial des Arcades pour faciliter la tâche des uns et des autres ;

Autre mesure, offerte par la Loi, que nous avons mise en place à Noisy : la possibilité de préempter des fonds de commerce, c’est-à-dire que lorsqu’il y a un commerce qui se vend, la Ville a un droit de regard sur cette vente pour éviter que n’importe quoi s’installe n’importe où. Nous le faisons pour protéger le commerce de proximité.

Ensuite, nous avons relancé la zone d’activités des Richardets avec les entreprises. Nous avons redynamisé la zone d’activité et nous avons surtout évité d’y mettre du logement comme initialement prévu avant mon arrivée. Depuis 2016, une centaine d’entreprises ont pu s’installer. Cela a augmenté le chiffre d’affaires des bureaux de 15%, ce qui est loin d’être négligeable.

Concernant la Police Municipale, au moment où nous sommes arrivés il y avait neuf policiers municipaux. Nous avons renforcé cela pour compenser l’absence d’effectifs à la police nationale. J’ai embauché 30 policiers municipaux de plus. Nous avons armé la police municipale, nous avons créé de nouvelles équipes avec des chevaux, des motos, des chiens, et nous avons augmenté le nombre de véhicules. Nous ne ménageons pas nos efforts sur la vidéosurveillance : aujourd’hui nous avons 110 caméras installées dans la Ville et on projette  une meilleure couverture du territoire. Je rappelle qu’à chaque fois que l’on installe une caméra il faut l’autorisation de la Préfecture et ceci  représente un investissement de 2.5 millions d’euro. Nous mettons des caméras un peu partout, de façon à protéger les citoyens.

Enfin, nous avons lancé un audit financier, que nous avons réalisé en 2016. Nous sommes parvenus à réduire la dette de la Ville de façon significative depuis 4 ans – au 31 décembre 2018 nous étions à 99 millions d’euros, soit 50 millions de moins en l’espace de 4 ans. Depuis notre arrivée, nous n’avons pas augmenté la part communale des impôts locaux.

Quel projet pour la Ville vous n’avez pas pu réaliser en 5 ans ?

D’abord l’ouverture du bois Saint Martin que nous espérons pouvoir réaliser avec la Région, en fin d’année ou début d’année prochaine.

Nous travaillons également ardemment sur Noisy Résidence, résidence hôtelière qui a été transformé en logement pour des personnes en situation extrêmement précaire financé par le SAMU Social et géré par un marchand de sommeil sans encadrement ni accompagnement social. Notre objectif, c’est de déplacer les gens ayant une attache à cette Ville pour les mettre ailleurs dans la ville, dans des résidences sociales, avec de véritables suivis sociaux. Nous réfléchissons notamment à la mise en place de logements sociaux pour faire de la mixité et de la résidentialisation. Nous avons des travaux sur l’esplanade de la Commune de Paris, nous sommes en train de la réaménager en mettant des commerces en bords de lac.

Enfin, sur le Grand Paris Express, j’ai un souci parce que si les Départements de la Seine et Marne et de la Seine-Saint-Denis ne veulent pas changer la disposition des deux voies au sud et au nord de la future gare de Noisy-Champs, nous ne pouvons rien faire et nous aurons une gare magnifique au milieu de nulle part. Il faut absolument que nous soyons aidés sur cette opération. Si nous voulons aménager la nouvelle gare, il faut que nous arrivions à pouvoir faire avancer les dossiers et déplacer des commerçants, aménager le quartier de Champy.

Pourriez-vous dire quelques mots sur la transformation de l’hôtel familial à Noisy ?

La première demande de permis de construire date de 2010. Il y a eu 3 demandes et mon prédécesseur n’en voulait pas. Moi, je leur ai accordé leur permis et la garantie d’emprunt nécessaire à cette réhabilitation. J’ai pu obtenir des subventions auprès du Conseil Régional dans lequel je siège auprès de la Présidente Valérie PECRESSE. Maintenant c’est vraiment un centre d’hébergement et réinsertion sociale qui accueille en plein centre-ville des femmes à la rue et leurs enfants avec des travailleurs sociaux sur place. Je suis très fière, nous avons préservé un bâtiment historique. Nous avons 19 appartements, entièrement aménagés, qui accueillent 50 personnes. Cela fait évoluer l’ensemble des projets et confirme la dimension solidaire de la Ville de Noisy-le-Grand.

Voulez-vous nous en dire davantage sur le projet de l’éco quartier innovant « L’île de la Marne » ?

La seule chose que je veux ajouter c’est que nous faisons un quartier très innovant avec de petits bâtiments en bois. Nous y avons programmé une crèche, avec 60 berceaux de plus. Nous allons avoir des logements passifs, 80% avec un bilan énergétique supérieur à la norme actuelle, on y installera une station de co-voiturage, des équipements pour les vélos et mobilités douces et nous réfléchissons à un mode de transport en site propre. Puis il y a le parc, et comme la Marne sort de son lit de temps en temps, cette zone va nous permettre d’avoir une zone de rétention en cas d’inondation.

J’ai mis en place beaucoup de concertations avec les élus, les équipes de la Ville. Ma porte a toujours été ouverte et je continuerai à l’ouvrir. Nous essayons d’avoir des échanges avec les gens le plus souvent possible. Nous avons mis en place une plateforme internet – Noisy Appli – où les gens peuvent réagir immédiatement et ils ont des réponses aux questions qu’ils posent.

Evidemment il y a encore plein de choses à faire, comme dans toutes grandes villes, avec des quartiers complètement différents. Il faut faire en sorte que les gens vivent ensemble, qui n’est pas toujours simple. C’est l’objectif que nous avons, de continuer à être à l’écoute des gens et à faire de la concertation.

Je crois que c’est important de savoir qu’il y a à-peu-près 19% des maires qui sont des femmes dans les villes en France. Je trouve que nous pouvons rendre une ville plus dynamique, nous pouvons apporter mieux en tant que femmes maires. Cela n’empêche pas d’avoir l’autorité, mais permet d’avoir une vision plus humaine, d’être à l’écoute des femmes, à l’écoute des enfants, d’apporter des solutions pour les jeunes. C’est quelque chose qui me tient vraiment à cœur.

Finalement, cela a été un mandat vraiment très court : en 4 ans nous avons fait ce qui n’a pas été fait pendant 20 ans. Ce qui est encourageant c’est lorsque qu’effectivement les Noiséens vous disent qu’ils sont contents de ce que vous faites. Sincèrement, nous avons fait du bon boulot et je pense que nous allons pouvoir continuer à le faire.

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