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Joël Bruneau : On a une attention permanente pour bien utiliser l'argent public

Conversation avec le Maire de Caen et Président de la communauté d’agglomération Caen la Mer
  • jeudi 01 août 2019 11h30
  • Author Aseniya Dimitrova
Medium joel bruneau  maire de caen et president de caen la mer  c  francois decaens   ville de caen
Source: Francois DECAENS/ Ville de Caen

Joël Bruneau est Maire de Caen et Président de la communauté d’agglomération Caen la Mer depuis 2014. Il est titulaire d'un baccalauréat économique, une licence de droit. Il est diplômé de Sciences Po Paris. Un ancien sportif de haut niveau en course à pied et reste le dernier Français à avoir remporté la course Alençon-Médavy en 1988.

Monsieur Bruneau, Caen est la capitale culturelle et un centre politique et économique de la Normandie. En tant que maire, comment vous décrivez la ville – quelles sont ses avantages en termes de tourisme et d’investissement ?

On a la chance de vivre dans une ville qui associe une vraie dynamique sur le plan de développement économique et qui en même temps bénéficie d'une cadre de vie particulièrement qualitative. Et au rang de la dynamique autour du développement économique il faut préciser que ça s’appuie sur un pôle d'enseignement supérieur et de recherche qui est extrêmement vivace et extrêmement fort. C'est d'ailleurs pourquoi nous avons mis en œuvre un certain nombre de projets qui renforcent cette dynamique… C’est ce qui fait que depuis 4 ans nous sommes sur un rythme de création d'emplois au niveau de l'agglomération entre 1500 et 2000 emplois supplémentaires chaque année.

Outre le biais du développement économique sur lequel on a beaucoup travaillé, c'est évidemment le développement du tourisme avec des projets comme la valorisation du patrimoine, le château de et on va bientôt également présenter la valorisation de notre ancien Palais de justice qui va devenir un lieu touristique. C’est un élément qui explique un peu ce développement économique, qui est porté par beaucoup d'entreprises. Les principales caractéristiques de notre tissu économique, c’est une diversité d’entreprises…avec les grands domaines d’activité - le numérique, la santé et puis matériaux, mais on a aussi des activités traditionnelles comme par exemple automobile … Mais aussi des entreprises innovantes qui font des choses exceptionnelles comme par exemple Eldim, notre entreprise qui travaille pour Apple et qui a mis au point la technologie avec la reconnaissance faciale pour les téléphones portables.

Caen offre une vraie qualité de vie

Et l'autre grande caractéristique du territoire, c'est la qualité de vie. C’est une ville qui est très verte. Une ville proche de la mer, où il y a une activité culturelle importante… Autant d’éléments d'attractivité, qu’on essaie de valoriser pour amener nos habitants dans la ville.

Cette association entre d’un côté ce dynamisme économique et de l’autre – une qualité de vie, se reflet dans la dynamique du marché immobilier. On a effectivement un marché assez porteur avec des nouvelles zone d'habitat important, comme par exemple le projet d’intérêt majeur qui a été reconnu par l’État, la revalorisation de la presqu'île. Une ancienne triche industrielle, c’est un peu l’équivalent de la ville de Nantes entre l’Orne et puis le canal qui conduit jusqu'à la mer.

« Une ville, ce n’est pas seulement l’affaire des élus, c’est d’abord l’affaire de celles et ceux qui y vivent », tels étaient vos premiers mots au sujet des résultats des élections de 2014. Pendant votre mandat, comment avez-vous réduit la distance avec les résidents et comment les avez-vous impliqués dans la politique locale ?

D’abord par ce qu’on appelle la gouvernance modeste. C'est-à-dire une préoccupation permanente de faire en sorte que les élus ne sont pas déconnectés des citoyens… Il ne s'agit pas d'une démagogie mais on est sur un territoire des personnes dynamiques, entreprenantes, innovantes. Ce ne sont pas seulement les élus qui font la dynamique du territoire. Donc c'est important d'être en proximité immédiat de tous les citoyens et c’est pourquoi j'ai mis en place un système où chaque quartier est représenté par un élu dont la fonction est d’être le porte-parole et le lien de la municipalité dans le quartier mais aussi d’être celui qui est en permanence à côté des habitants pour remonter leurs problématiques. C’est quelque chose qui n'existe pas dans toutes les villes.

Ce qui existe dans d'autres villes, c’est les conseils de quartier. Quelque chose qu'on a beaucoup accentué. En sollicitant de la part de chaque conseil du quartier de projets concrets pour le quartier. Alors ces projets sont petits au grand, on n’a pas fixé de limites financières…

Et puis, je fais très fréquemment des réunions de proximité dans tous les quartiers ou en fait ce sont des habitants qui posent les questions et les élus qui répondent. Voilà on n'est pas là pour délivrer des discours mais pour entendre aux les questions qui sont posées par les habitants. Je tiens aussi la permanence chaque samedi. Donc effectivement, il y a un effort constant pour être en proximité immédiat des habitants et laisser aux habitants la parole sur les projets qui concernent leur quartier… Là, actuellement on travaille sur la refonte complète d’une de nos entrées de ville, d’une rue assez passante, ses passagers ont une vocation qu’elle sera complètement reconfigurée et revégétalisée. Donc, c’est à partir des remarques des habitants que l’architecte paysagiste travaille pour ce projet.

Vous avez supprimé plusieurs indemnités et dépenses liées aux fonctions des élus. Quels sont les effets financiers et sociaux de ces mesures ?

Il y a 2 fonctions à cela, ce que j’appelle «la gouvernance modeste », montrer que les élus sont là pour servir les citoyens et non pas pour se servir et puis incorporer dans la collectivité une culture de l’économie. On sait très bien que la dépense publique en France est extrêmement élevée. Nous avons une attention permanente sur toutes les dépenses et il faut que les élus montrent l'exemple…

C’est ce souci d’exemplarité qui m’a amené à limiter mes indemnités et le nombre des adjoints, ce qui fait ce nous faisons sur le budget de la ville une économie substantielle – sur la durée du mandat ça représente à peu près 2 millions d’euros. Donc, ce souci permanent de faire fonctionner la Ville de Caen à moindre coût qui nous a permis à la fois chaque année de baisser le taux d’imposition d’un pourcent et avoir en même temps une politique d’investissement extrêmement forte.

Et vos concitoyens, est-ce qu’ils ont apprécié cette démarche ?

Je pense que oui. Ils ont compris que ce n’est pas seulement de la communication et que c'était une manière d'être. Commencer par moi-même. J’ai revendu la grosse voiture. En fait la ville de Caen dépense beaucoup d'argent. On fonctionne avec EUR 130 millions de budget par an en matière de fonctionnement, mais on a une attention permanente pour bien utiliser l'argent public.

Caen est la seule grande ville à voter la baisse des taxes depuis 2015. Comment cela a-t-il fonctionné jusqu'à présent ?

On baisse le taux d’un pourcent par an, ce qui permet de stopper l'augmentation… Parce que sinon il y a une augmentation mécanique d’impôts chaque année. Donc, les impôts ne sont plus élevés aujourd’hui… Évidemment, en matière de recettes pour la ville, il y a moins de recettes, mais on a réussi à compenser grâce à cette politique d'économie permanente et parce qu’heureusement, on est une ville assez dynamique, avec de vraies constructions qui nous ramènent de recettes.

Pourriez-vous mentionner quelques démarches concrètes déjà faites en termes du développement durable ?

On a réalisé certains investissements en particulier pour réduire la consommation d’énergie sur l’ensemble de la ville. Par exemple, chaque année on investit 1 million d’euros sur le remplacement des éclairages publics, pour les remplacer par des nouvelles technologiques qui consomment beaucoup moins d'énergie… On a mis en place un système d’incitation à la rénovation des bâtiments, l'isolation sur les bâtiments de la Ville et une politique spécifique de l'incitation des propriétaires et des copropriétaires à faire de même sur leurs immeubles… Donc c'est autant d'éléments qui ont été axés sur la moindre consommation d’énergie. Par exemple, ce qu’on a déjà remplacé de l’éclairage public c'est 40 % d'énergie consommée au moins.

On cherche à limiter le recours à la voiture individuelle

Puis le deuxième volet, c'est de faire en sorte que les gens utilisent moins la voiture pour se déplacer.  On va inaugurer le nouveau tramway… et on a développé considérablement l’usage du vélo. On a créé une nouvelle ligne de bus… Voilà, autant d'éléments qui doivent permettre à diminuer le recours à la voiture individuelle et puis on peut parler de toutes les actions de sensibilisation qu'on a pu mener auprès des écoles et auprès du grand public.

Plus généralement, quelles autres innovations souhaiteriez-vous partager avec vos collègues - les autres maires d'Europe ?

Il y en a une, sur laquelle on a fait une expérimentation nationale, dans le cadre du retour à la semaine de 4 jours au niveau des écoles. On a mis en place un système pour offrir à chaque enfant qui décroche la possibilité de revenir le mercredi matin pour avoir des cours particuliers donnés par des instituteurs… avec une approche différente, en petits groupes, d’une manière ludique pour que l’enfant peut très vite se raccrocher. Parce qu'il faut savoir qu'en France il y a à peu près 15 % des enfants qui arrivent en 6e sans savoir lire et écrire. Donc, … c’est ce qu'on a appelé Le Plan Mercredi, égalité des chances, un sujet extrêmement important à nos yeux sur lequel on a remis des moyens importants…

La deuxième innovation c'est le nettoyage des rues sur appel… faire que les gens quand ils constatent quand il y a un problème… On a créé en service qui s'appelle « SOS rue » et que les gens peuvent appeler toute la semaine et qui interviennent immédiatement pour résoudre le problème, de façon qu’on ait, quel que soit le quartier, les espaces publics les plus propres.

Et puis quelque chose qui vient d'être lancée qui s'appelle « SENIORS SENIORS ». C’est une application sur le téléphone portable, qui permet par exemple quand vous êtes un retraité en forme de proposer de donner un coup de main à quelque chose qui l’est moins. Par exemple, un retraité de 65 ans peut faire les courses pour une dame qui vit seule et qui a du mal à se déplacer, … parce que tout le monde n’a pas forcément des enfants sur place… Donc c'est un petit service du quotidien qu'on essaie de renforcer, parce que c’est une forme de solidarité active, qui implique tout le monde et qui est un moyen de renforcer le bien-vivre à Caen.

Quels projets ou initiatives, à votre avis, ont marqué votre mandat et pourquoi ?

Il y a deux choses que j'espère que les gens vont retenir. C’est d’un part le fait qu’on a fait un gros effort pour redynamiser le centre-ville et lui donner davantage d’attractivité. On a refait beaucoup d’espaces publiques du centre-ville : en remplaçant les espaces qui étaient utilisés par la voiture pour les piétonniser, améliorer la vision du centre-ville, lui donner plus de valeur et d’attrait à la fois pour ceux qui habitent à Caen mais aussi pour ceux qui viennent visiter, les touristes en particulier.

Et la deuxième chose qui est très symptomatique de ce mandat c'est qu'on n'a pas cherché forcement à faire forcement de gros investissements.  On s’est attaché à améliorer les services au quotidien des habitants un peu partout dans les quartiers avec beaucoup de réalisations d'équipements socioculturels de proximité, des salles de spectacle, des équipements sportifs des stades un peu partout dans la ville. Ce qui fait que ce programme d’investissement important qu’on a soutenu pendant tout le mandat, il a vraiment profité beaucoup aux Caennais.

En dehors de votre carrière politique, vous avez été un athlète de haut niveau. Quelle passion est la plus forte : pour le sport ou pour la politique ?

Je pense qu'il y a un temps pour tout dans la vie. Je suis aujourd'hui évidemment plus passionné par le travail que j’ai à faire dans la ville, que par l’aspect sportif. Le sport, c'est mieux quand on a 25 ans…