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Les efforts paient lorsque l’on s’attaque à la modernisation et au contrôle de la dépense publique

Conversation avec Jean-Marc Pujol, Maire de Perpignan depuis 10 ans et Président de la communauté d’agglomération Perpignan Méditerranée
  • jeudi 14 novembre 2019 09h30
  • Author Aseniya Dimitrova
Medium jean marc pujol on facebook
Source: ®Ville de Perpignan

Monsieur Pujol, cette année le Gouvernement reconnait l’action municipale par le label « Cité éducative ». Quels efforts ont été récompensés et qu’est-ce que cela va apporter à la ville ?

Le gouvernement a impulsé, en février 2019, le programme des cités éducatives. Ce dispositif doit définir un nouveau cadre collectif de travail et de nouveaux caps à fixer dans les sites où le défi éducatif est le plus ambitieux. La cité éducative a pour objectif de permettre aux acteurs éducatifs des territoires concernés de lutter encore plus résolument contre la ségrégation et de renforcer leur attractivité vis-à-vis des habitants.

Un label d’excellence « Cité Educative » pourra être octroyé à quatre-vingt territoires sélectionnés en fonction de critères objectifs (notamment le nombre d’habitants et le taux de pauvreté, la présence de Réseau d’Education Prioritaire, le programme national de renouvellement urbain, le climat scolaire et les enjeux de tranquillité publique) et de la mobilisation potentielle des acteurs locaux à développer un travail collaboratif.

Dans ces sites expérimentaux, l’enjeu consiste à mieux accompagner les enfants et les jeunes, depuis le plus jeune âge jusqu’à l’insertion professionnelle, dans tous les temps et les espaces afin de réduire significativement les écarts de réussite avec les autres quartiers de la Ville et de l’agglomération concernée. Pour cela, il convient :

  • d’élaborer et déployer une stratégie éducative en identifiant des synergies et des perspectives nouvelles au service de trois grands objectifs : conforter le rôle de l’école, promouvoir la continuité éducative et ouvrir le champ des possibles.
  • de fédérer tous les partenaires du territoire autour de l’enjeu éducatif : collectivités territoriales, établissements et institutions publiques, associations, partenaires économiques intéressés, familles, enfants, jeunes et habitants.

Dès le mois de février 2019, les services de l’Etat ont proposé aux ministres de l’Education Nationale et de la Cohésion des territoires que la Ville de Perpignan puisse être éligible à ce label et puisse formaliser sa candidature. La Ville a accompagné cette initiative en participant à la constitution du dossier initial. En mai 2019, le dossier concernant Perpignan a été reconnu éligible.

Aujourd’hui, la Ville de Perpignan est directement interpellée par le Ministère de l’Education Nationale et le Ministère de la cohésion des territoires afin de confirmer officiellement sa candidature au label « Cité Educative » portant sur quatre territoires collèges : ceux des collèges J. Moulin, A. Camus, J. S. Pons et M. Pagnol.

Une fois le label acquis, le lancement du projet pourra être mis en œuvre avec l’ensemble des partenaires et acteurs de terrain, à partir de la prochaine rentrée scolaire. La cité éducative bénéficiera de soutiens techniques et financiers des ministères. Une enveloppe financière de l’Etat de 30 000 € est d’ores et déjà annoncée. La cité éducative constituera le pilier du volet éducatif du contrat de ville rénové.

Une attention particulière sera apportée à la convergence de la cité éducative avec les moyens du programme de renouvellement urbain, de la stratégie nationale de lutte contre la pauvreté et du plan d’investissement dans les compétences. La cité éducative repose sur le principe du cofinancement et d’engagements conjoints de l’Etat et du territoire.

Il sera demandé de poursuivre l’élaboration d’un programme d’actions 2020-2021-2022, qui contractualisera les moyens engagés et fixera les modalités de suivi et d’évaluation. Le dispositif fera l’objet d’un pilotage entre la Ville, l’Education Nationale et les services de l’Etat.

Terra Nostra 2030 est un projet collectif pour bâtir le territoire de demain, lancé en 2015. Quelles étapes majeures ont été atteint et qu’est-ce qu’il reste à faire ?

Le projet de territoire Terra Nostra 2015-2020 a permis la mise en avant de la vision stratégique de Perpignan Méditerranée lors de notre passage en communauté urbaine et la détermination des objectifs à atteindre ainsi que des actions essentielles à mener. Il a été un élément clé pour nos planifications et la contractualisation avec nos partenaires.

Le premier trimestre de cette année 2019 a été l’occasion de réaliser un point d’étape essentiel. Il nous a, en effet, permis de constater la réussite presque intégrale de tous les projets que nous avions entrepris et de déterminer ceux qui doivent encore être développés. Lorsque la Région a lancé le SRADDET Occitanie 2040 (Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Égalité des Territoires), nous sommes allés porter en main propre à sa Présidente, Carole DELGA, la contribution de Perpignan Méditerranée Métropole à ce projet ambitieux.

Cette action forte s’inscrit en tout point dans la dynamique de la Communauté Urbaine à œuvrer quotidiennement à la réussite de cette terre pleine de promesses et atteste une fois de plus de cette volonté ardente d’agir. Il était alors temps pour nous de relancer les grands débats nécessaires pour poursuivre la construction de notre projet de territoire. C’est pour ces raisons que nous avons choisi d’organiser trois journées d’échanges et de débats intitulées Terra Nostra 2030 – Projection d’un territoire.

Ces journées qui se sont déroulées du 24 au 26 juin 2019 étaient une invitation à la réflexion et au débat sur l’avenir souhaité pour le territoire à l’horizon 2030. Durant ces trois jours, les élus communautaires, leurs techniciens et des professionnels de la planification et de l’aménagement se sont rassemblés autour de tables rondes. Animées par des spécialistes du développement territorial, ces dernières ont permis de faire émerger de nombreuses propositions, accompagnées par l’expertise de l’Agence d’Urbanisme Catalane Pyrénées Méditerranée (AURCA) qui les ont appliquées au territoire.

Mises en image par un facilitateur graphique, qui a grandement aidé les modérateurs lors du travail de retranscription des ateliers, les suggestions issues des débats permettent de dérouler le fil rouge suivre au cours des années futures. Selon les mêmes orientations que l’étape précédente et la volonté de construire un territoire solidaire avec l’ambition de le faire briller, le projet Terra Nostra 2030 devra être le garant du succès du progrès social, économique et environnemental qui s’opère au sein de notre communauté.

Le résultat de ces trois journées est une esquisse des pistes souhaitées pour l’avenir de notre territoire. Il s’agit de mettre en place une méthodologie au regard des besoins et des valeurs de Perpignan Méditerranée Métropole, notamment au travers de notre identité, géographique et historique, mais aussi culturelle et économique.

Ce grand projet de territoire a bénéficié de l’expertise de nombreux acteurs de la Communauté Urbaine et bien au-delà, rassemblés autour d’un objectif commun : faire de Perpignan Méditerranée Métropole un territoire durable, cohérent et déterminé, respectueux de son histoire et de son environnement. En conjuguant tous ces talents, ces énergies et ces initiatives, nous bâtissons aujourd’hui et tous ensemble, le monde de demain.

Perpignan Méditerranée a changé de statut en 2016, pour devenir une communauté urbaine portant le nom de Perpignan Méditerranée Métropole. À votre avis, quels ont été les effets de cette réforme ?

Depuis le 1er janvier 2016, le regroupement intercommunal de Perpignan et des 35 communes limitrophes s’est renforcé. Désormais communauté urbaine (la seule de la grande région Occitanie-Pyrénées-Méditerranée), la nouvelle structure porte le nom de Perpignan Méditerranée Métropole. Ses compétences sont très étendues, tandis que son fonctionnement s’appuie sur le renforcement des services de proximités, dans un souci d’efficacité.

La Communauté urbaine, c'est une mutualisation de moyens humains, financiers et techniques. Son personnel provient essentiellement des services des communes membres. Elle dispose de compétences obligatoires très étendues, les communes pouvant également décider le transfert de compétences supplémentaires. Dès lors, c'est la communauté urbaine qui assure et organise ces services à la population du territoire.

Perpignan Méditerranée Métropole vise à combiner deux échelles : une proximité dans l’action afin d’intervenir, de façon adéquate et optimisée, au plus près des habitants, une fédération des projets pour accroître le rayonnement, les ressources (européennes notamment) et la visibilité du territoire.

Disposant de nombreux moyens pour agir sur le développement local, Perpignan Méditerranée Métropole intervient sur la base d’un projet de territoire « Terra Nostra », élaboré en commun par tous les maires et élus concernés. Celui-ci vise à construire un territoire équilibré, à travers le développement économique du cœur de la métropole, l’attractivité touristique traditionnelle du littoral ainsi que le développement durable d’un arrière-pays marqué par la qualité de son cadre de vie, de son patrimoine culturel, naturel, agricole et viticole.

Plusieurs communes se sont organisées en pôles territoriaux de proximité. On compte ainsi un pôle Salanque, composé de Bompas, Sainte-Marie-la-Mer, Torreilles, Villelongue-de-la-Salanque ; ainsi qu’un pôle « Grand Ouest » regroupant Baixas, Canohès, Le Soler, Llupia, Pézilla-la-Rivière, Ponteilla/Nyls, Saint-Féliu-d’Avall, Toulouges et Villeneuve -la-Rivière.

Les autres communes ont signé pour leur part des conventions de gestion afin de maintenir pour l’instant la mise en œuvre des missions de proximité, comme l’entretien des espaces publics par exemple, au niveau communal tout en préparant une mutualisation de service au sein de nouveaux pôles territoriaux en construction.

Pourriez-vous nous en dire plus sur le lien privilégié entre Perpignan et la Catalogne ?

Tout d’abord, nous avons une histoire commune : capitale du comté carolingien de Roussillon, Perpignan est intégrée en 1172 au royaume d'Aragon avant de devenir un siècle plus tard capitale des rois de Majorque. Disputée dès le XVe siècle aux rois d'Aragon puis d'Espagne par les Français, elle sera définitivement annexée par ceux-ci lors du traité des Pyrénées en 1659.

Aujourd’hui, nous cultivons une langue et une culture commune. De nombreuses collaborations et conventions sont mises en place afin de préserver cette identité, perpétuer les traditions ancestrales et avancer ensemble. Voilà pourquoi, la Casa de la Generalitat a Perpinyà, qui est une délégation de la Généralité de Catalogne, est implantée Perpignan. Des manifestations telles que Fest Cat, Adiflok, le concours international de Sardanes sont l’opportunité de continuer les échanges entre la Catalogne Nord et Sud, au travers de multiples animations mises en place tout au long de l’année grâce aux divers parrainages et subventions.

La Ville de Perpignan dispose d’ailleurs d’un service des Affaires Catalanes qui a pour vocation la diffusion et promotion de la culture catalane sous toutes ses formes, mais aussi l’apprentissage de la langue catalane et l’aide à son enseignement.

Il soutient par ailleurs l’édition de documents pour la diffusion de l’usage du catalan, et réalise lui-même certains lexiques (ainsi par exemple, après L’Indispensable, el Català al Cafè et le lexique sur le rugby, un lexique bilingue sur le vocabulaire de la sardane…

Pour mener à bien ses missions, ce service programme et organise toute une série d’évènements culturels catalans : Sant Jordi, Sant Joan - Festa Major de Perpinyà, Castells, Trobada Gegantera, concours de sardanes, concert de cobla, Caga Tió, concerts de chorales, Adifolk, exposition de Pessebres… Sans oublier la semaine de la langue catalane « Fes-te Cat » qui consiste en un florilège d’animations et de travaux réalisés avec le concours des élèves des écoles primaires, des collèges et des lycées de la Ville, ainsi que des conférences autour d’auteurs catalans en collaboration avec l’Université de Perpignan, etc.

Il est en outre doté d’un service de traductions dédié au développement de l’utilisation de la langue catalane dans les différentes actions et parutions portées par l’ensemble des services de la Ville et ainsi promouvoir au mieux la présence du bilinguisme et la visibilité du catalan sur les différents supports de signalisation, communication, etc. de compétence municipale.

Puis, 2019 s’annonce une année particulièrement riche en évènements, puisque celle-ci verra fleurir tout au long de l’année toute une kyrielle d’activités et d’animations autour de la sardane suite à l’élection de Perpignan « Capital de la Sardana 2019 », un titre prestigieux décerné à la Ville. La distinction « Capital de la Sardana » fut créée en 2013 et succède à l’ancien titre « Ciutat Pubilla de la Sardana » instauré en 1960 par l’Obra del Ballet Popular (Barcelone).

Ce titre s’attribue chaque année à une ville différente et se traduit tout au long de l’année par l’organisation de différentes activités et animations culturelles et ludiques visant à promouvoir et à cultiver la sardane, son prestige social, en mettant en valeur aussi bien la partie musicale que la danse qui en est l’essence ainsi que bien d’autres aspects encore.

Il tend par ailleurs à faire rayonner la ville désignée « Capitale de la Sardane » aussi bien sur son territoire qu’au-delà des frontières, et vient récompenser la ville choisie pour son implication dans le maintien d’une danse populaire et identitaire dont la vivacité n’a cessé de perdurer.

C’est donc toute une ville qui s’est mise au diapason pour célébrer avec tout l’engouement que cela suppose une tradition séculaire, reine de l’expression populaire catalane par excellence, et en est l’ambassadrice de choix tout au long de cette année.

Que voudriez-vous que vos concitoyens se souviennent de votre gestion de Perpignan ?

Cette année, pour la première fois, les impôts vont baisser à Perpignan. Ainsi, le taux du foncier bâti a pu être revu à la baisse, grâce à une gestion rigoureuse et maîtrisée de la dépense publique. Aujourd’hui, en augmentant l’investissement, en baissant la dette et après 7 années où la fiscalité perpignanaise n’a pas été augmentée, nous pouvons initier une baisse de cette dernière, ce qui ne s’est jamais produit et ce que très peu de villes parviennent à réaliser.

Cela signifie redonner du pouvoir d’achat aux Perpignanais et aider les entreprises dans leurs difficultés. C’est en effet donner un signal fort qui est le résultat de la bonne gestion municipale, dans un contexte économique et financier difficile pour les collectivités, et qui s’est traduit par une baisse très significative de leurs ressources. C’est enfin le signe que les efforts paient lorsque l’on s’attaque avec détermination à la modernisation de l’organisation municipale et au contrôle de la dépense publique.

La situation financière de la ville est saine, et ce depuis plusieurs années. En dépit d’une situation financière complexe, je suis parvenu depuis 2012, à ne pas augmenter les impôts, refusant de faire peser une trop lourde charge sur les épaules des Perpignanais. Nous sommes arrivés à un équilibre financier, en particulier grâce à la maitrise des dépenses publiques. Ce choix, résolument assumé, nous a permis de poursuivre les investissements nécessaires au développement d’une commune de plus de 120 000 habitants.

Perpignan réalise ainsi avec détermination son projet de territoire pour le rayonnement du cœur de la communauté urbaine. Les réalisations transforment progressivement la ville qui est désormais repérée comme une destination économique et touristique.

Aujourd’hui cette stratégie porte ses fruits. La population continue de croître et des investisseurs privés accompagnent les investissements publics, contribuant ainsi à la création de richesses et d’emplois. Bien sûr beaucoup reste encore à faire, notamment dans les quartiers, mais c’est une première victoire que de pouvoir permettre aux Perpignanais d’augmenter leur pouvoir d’achat grâce à une baisse des impôts.

Consultez la première partie de l’entretien avec Jean-Marc Pujol, Maire de Perpignan.

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