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Paris Fonds Vert aide les PME à déployer plus vite des solutions pour la transition écologique de Paris

Quelques jours avant le premier investissement, nous discutons avec les personnes qui gèrent le Fonds de 200 millions d’euros

  • vendredi 15 février 2019 11h30
  • Author Aseniya Dimitrova
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Source: Demeter, https://demeter-im.com

Monsieur Villecroze, Paris Fonds Vert est un instrument financier innovant visant à stimuler le développement durable. Pourriez-vous expliquer comment ça marche ?

Paris Fonds Vert c’est ce qu’on appelle un Fonds de capital investissement, plus précisément un fonds de capital développement. C’est un fonds qui est destiné à investir en capital de Petites et Moyennes Entreprises (PME). L’innovante, c’est qu’il a été initié par la Ville de Paris, comme l’un des investisseurs. Après, l’outil juridique lui-même, est très classique, l’innovation est que c’est un projet qui soit initié par une ville et en partie financé par elle. L’objectif du fonds c’est de prendre des participations minoritaires, en achetant des actions au capital des PME non cotées en bourse du secteur de la transition écologique des grandes villes. Donc, c’est assez varié : vous allez retrouver le sujet du bâtiment durable, de la mobilité durable, de l’énergie verte, de l’économie d’énergie ; vous allez retrouver les entreprises apportant des solutions pour la qualité de l’air, tout ce qui est lié à l’économie circulaire. Et puis les solutions digitales pour ces marchés.

Pourriez-vous dire quelques mots sur la coopération avec les autorités locales et quels changements est-elle censée produire ? Qu'est-ce que les autres villes européennes ont à apprendre de ce modèle ?

En fait, Paris Fonds Vert n’est qu’un outil parmi d’autres. C’est un fonds qui vit 200 millions d’euro et qui va investir dans une vingtaine de PME. Ce n’est pas beaucoup comme nombre, cependant, l’impact pour les sociétés en question sera très forte et donc le Fonds va permettre d’accélérer la croissance de ces PME, ce qui est intéressante pour la Ville, parce que ces PME peuvent déployer plus vite des solutions pour la transition écologique de Paris. Ce n’est pas forcément des sociétés Parisiennes, ni Françaises. On voit des PMEs en Europe, essentiellement en France, en Allemagne et en Espagne. Evidemment, d’autres villes pourraient lancer des fonds équivalents, pour investir dans des PME, soit de leur région, soit de leur pays, mais qui les intéressent en tant que villes.

Quelques mois après la création du fonds en 2017, Demeter a réalisé la première clôture au-dessus de 100 millions d'euros. Veuillez expliquer quels résultats ont été obtenus jusqu'à présent.

La ville de Paris a choisi Demeter en février 2018, on a fait ce qu’on appelle le premier closing. Le fonds a existé à partir de juillet 2018 quand il a atteint 100 millions d’euro. Aujourd’hui, on est toujours en fundraising, on a toujours de nouveaux investisseurs, qui nous rejoignent. On s’approche des 150 millions d’euro, on vit les 200 et on commence l’investissement. Le premier investissement aura lieu la semaine prochaine. Il faut mettre un peu de temps à investir, parce que ce sont des sociétés qui ne sont pas cotées, donc il y a des négociations assez longues avec les entrepreneurs et actionnaires et on commence dans les semaines prochaines.

La Ville de Paris est le fondateur de Paris Fonds Vert et investit 10% de son capital. Est-ce rassurant pour les autres investisseurs institutionnels et privés ? Quelles sortes de stimuli reçoivent-ils ? Le fonds est-il ouvert à de nouveaux acteurs ?

Ce que vit le Fonds, c’est avant tout la performance financière. L’objectif des investisseurs c’est un investissement financier qui doit importer une performance propre au capital investissement et l’objectif de Fonds est de délivrer une performance deux fois la mise nette des frais. Donc, d’abord, c’est une performance financière et c’est ce que cherchent notamment les investisseurs institutionnels publiques et privés, et puis ce qu’ils cherchent également, c’est avoir une performance en termes d’impact. C'est-à-dire, les entreprises dans lesquelles on investit, elles apportent des solutions pour la transition écologique et donc, s’il y a un effet bénéfique en termes de réduction de la pollution, d’amélioration de la qualité de l’air, en termes de réduction de l’impact sur l’environnement, de lutte contre le réchauffement climatique, donc ça pour beaucoup d’investisseurs est également important. Et parmi eux, il y a des investisseurs industriels, qui eux veulent cette performance financière et en termes d’impact, mais qui cherchent également à nouer des liens avec des PMEs de leur écosystème, c'est-à-dire, des PMEs qui interviennent un peu près dans les mêmes marchés qu’eux en tant que groupe industrielle. Et puis, des liens également avec la Ville de Paris, cela leur approche de la Ville.

Et quelles innovations seront introduites par ces entreprises ?

Les PME, c’est au sens PME européennes, mais pour Paris Fons Vert en termes de cible, ce sont des PMEs qui font de 5-50 millions d’euro de chiffres d’affaire, qui sont innovantes, mais qui sont déjà rentables. Ce n’est pas du capital risque, on parle du capital rentable, des entreprises qui sont déjà en forte croissance et rentables. Leurs innovations peuvent être très variées, par exemple un premier investissement qu’on réalise, c’est un PME qui fait un peu près 25 millions de chiffres d’affaires et qui apporte une solution digitale pour la gestion des déchets de construction. Evidemment, les déchets de construction pour les grandes métropoles, c’est important. C’est un progrès technologique sur la bonne gestion des déchets de construction…

Un autre exemple concerne des consultants, qui font de la rénovation énergétique des bâtiments et qui font des opérations clé en main, mais leur innovation c’est qu’ils garantissent le résultat avec une assurance. Ils garantissent la performance énergétique du bâtiment rénové.

Et ça se passe sur le territoire de Paris ?

Non, pas forcément. Les PMEs peuvent être européennes. Nous, on est principalement en France, en Allemagne et en Espagne, donc on prend plutôt des PME de ces pays. Elles peuvent ne pas être déjà présent à Paris. Mais l’idée c’est que pour la durée pendant laquelle le Fonds sera actionnaire de la PME en question, elle essaie de développer son business à Paris, notamment en vendant ses produits, ses solutions, ses services à Paris…

Par exemple, on peut investir dans une société en Allemagne, qui n’a jamais travaillé en France, si on considère que son savoir-faire est utile pour la ville de Paris, en essayant de l’accompagner pour qu’elle se développe en France et à Paris en particulier. Mais en générale, quand on investit dans une société qui a des solutions pour la transition écologique des grandes villes, le fait de pouvoir trouver des clients à Paris ou en Région Parisienne, c’est intéressant, parce que c’est une des grandes agglomérations en Europe.

Donc, c’est encore très tôt pour parler des résultats visibles ?

Oui, c’est beaucoup trop tôt, parce que la Ville nous a choisi il y a un an, mais le Fonds existe depuis 6 mois et les premiers investissements n’ont pas encore été réalisés. Ce qu’on peut évoquer par contre, c’est que depuis l’année 2018 le Fonds a reçu et analysé entre 350 et 400 opportunités d’investissement. Plus de 350 sociétés possibles dans lesquelles investir. C’est une par jour.

Finalement, Demeter soutient depuis plus de 10 ans la transition énergétique et écologique. Pourriez-vous en dire plus sur les réussites des autres villes dans lesquelles vous travaillez : Grenoble, Metz et Madrid ?

En Allemagne également à Munster. Alors, Demeter est une société de gestion indépendante, nous gérons des fonds qui sont tous dédiés à la transition écologique, qui sont des fonds soit du capital risque pour financer les start-ups, soit du capital développement pour financer les PMEs, comme dans le cas de Paris Fonds Vert, soit d’infrastructure, pour financer des projets d’infrastructure, liée à la transition écologique. On a un fonds qui finance des projets d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique, on a un autre fonds qui finance des projets de transport vert et durable.

En complément, aujourd’hui nous gérons 1 milliard d’euro, avec une équipe qui fait 35 personnes. Par exemple, Solair Direct, qui était un acteur important dans le secteur du solaire ; Quadran qui était un gros développeur d’énergie renouvelable ; Paprec – un gros acteur français du recyclage, on a été actionnaire. Et puis, une société à capital risque, Ynsect – qui fait des protéines à partir d’insectes, ce qui permet d’avoir une alimentation pour les animaux moins impactante sur l’environnement.

Finalement, comme le Fonds est toujours ouvert, s’il y a des investisseurs professionnels intéressés, ils peuvent nous contacter.

Pour plus d’information, consultez Paris Fonds Vert ou Demeter.